Bernard NOUTEAU / Pépiniériste –  La Roseraie de Vendée
Conférence du 28 février – « Un jardin naturel sans soif »

Introduction : Jardiner avec bon sens

Bernard Nouteau ouvre sa conférence en expliquant qu’il n’utilise depuis 33 ans aucun produit contre les insectes ou les maladies, et qu’il n’arrose jamais son jardin. Selon lui, « le bon sens d’il y a 20 ou 30 ans n’a plus de raison d’être », car le climat a changé et la disparition des pesticides nous oblige à revoir entièrement nos pratiques.

Il interroge la logique habituelle :

  • Pourquoi traiter une plante malade alors qu’il suffit de ne pas la rendre malade ?

  • Pourquoi arroser une plante qui ne manque pas d’eau mais souffre plutôt de chaleur excessive ?

  • Pourquoi continuer à tailler les plantes comme avant alors que leur comportement a changé ?

Pour lui, jardiner de façon naturelle « est très facile : il suffit d’arrêter les bêtises ».

S’inspirer des méthodes anciennes

Pour comprendre comment jardiner sans arrosage ni traitement, il s’est intéressé aux pratiques utilisées avant la Première Guerre mondiale, à l’époque où l’on n’avait ni pesticides ni engrais à haute dose.
Il a observé de nombreux jardins, interrogé les anciens, et voyagé, notamment en
Amérique du Sud, afin de découvrir des pratiques traditionnelles préservées.

L’ARROSAGE :

l’eau n’est pas le problème

Selon Bernard Nouteau, les végétaux manquent rarement d’eau, mais souffrent surtout de l’excès de chaleur.

Effets de la chaleur et du soleil

  • L’excès de soleil provoque des brûlures, visibles par un changement de couleur des fleurs ou des tiges, avec parfois des taches roses ponctuées de points blancs (effet de loupe d’une goutte d’eau au soleil).

  • Le manque de lumière, à l’inverse, cause une dépigmentation.

Accepter les pauses de croissance

Le changement climatique provoque une croissance continue en hiver, ce qui fatigue les plantes. Celles-ci effectuent alors des pauses estivales, souvent mal interprétées. Il faut accepter ces pauses florales.

Gérer la lumière et l’ombre

Certaines plantes comme les tomates doivent être protégées du soleil grâce à :

  • des arbres,

  • des vivaces,

  • ou des structures d’ombrage (canisses amovibles…).

Arroser seulement en complément de la rosée

L’arrosage doit être vu comme un complément à la rosée du matin.
Il est recommandé :

  • le matin, entre 8 h et 10 h, ce qui permet à l’excès d’eau de s’évaporer.

  • jamais le soir, car l’humidité favorise les maladies cryptogamiques.
    Le
    goutte-à-goutte doit également fonctionner uniquement sur cette plage horaire.

LA TAILLE :

adapter, simplifier, aérer :

Pour limiter les maladies, il faut supprimer l’humidité stagnante.

Exemples concrets

  • Tomates : retirer les feuilles du bas pour éviter la remontée d’humidité et de champignons.

  • Rosiers : les tailler court est inutile. Les rosiers non taillés perdent naturellement leurs feuilles du bas, se renforcent et deviennent moins sensibles aux maladies.

Ne jamais tailler par forte chaleur, sous peine de dessécher les plantes.

Bernard Nouteau rappelle que les professionnels ont des jardins de rapport et sélectionnent des plantes résistantes pour le rendement, alors que nous avons des jardins d’agrément, avec d’autres objectifs. Nos méthodes doivent donc être différentes. Il faut aussi faire confiance à la nature qui donne de bonnes surprises par sélection naturelle.

Le principe clé : l’aération

L’humidité apporte les maladies ; l’aération est primordiale.
Il faut observer son terrain, l’exposition et les vents, puis appliquer une
taille en gobelet, valable pour la majorité des plantes, afin d’aérer l’intérieur et favoriser la pollinisation.

Particularités selon les plantes

  • Olivier : taille en éclaircie pour la production d’olives, en boule pour l’esthétique.

  • Vigne : mieux vaut la conduire en hauteur ou contre un mur exposé pour limiter l’humidité et favoriser la maturation.

  • Plantes grimpantes : on les palisse pour augmenter la floraison, en les conduisant d’abord verticalement puis horizontalement.

  • Tomates : éviter le plein soleil. Plante d’origine sud-américaine, elle préfère :

    • le soleil du matin,

    • la mi-ombre à midi,

    • l’ombre l’après-midi.
      À l’ombre, elles continuent de pousser sans souffrir de la chaleur. L’arrosage devient rarement nécessaire ; on l’effectue seulement si la pousse terminale s’affaisse.

MALADIES ET RAVAGEURS

des rosiers et des fruitiers

– Tache noire du rosier : Les produits de traitement font tomber les feuilles ; autant le faire soi-même. Il est possible d’exporter les feuilles, mais Bernard Nouteau les laisse sur place.
Ne pas confondre :

  • taches noires (maladie),

  • taches noires avec point blanc (brûlure due à humidité et soleil).

Gestion des insectes :

A. Pucerons : Pour les réguler, il faut favoriser :

  • les larves de coccinelles,

  • les perce-oreilles.

Autres solutions :

  • pulvérisation de lait, non toxique (1 verre de lait + 4 verres d’eau) ;

  • éviter le savon noir (soude caustique), trop agressif en plein soleil ;

  • limiter les fourmis, car elles élèvent les pucerons :

    • appliquer du blanc d’Espagne (chaux) sur les troncs ;

    • utiliser du marc de café ;

    • planter des poireaux ou œillets d’Inde au pied des fruitiers, plantes à fortes odeurs.

B. Feuilles recroquevillées (pêcher) : Ce n’est pas toujours la cloque du pêcher. Souvent dues aux insectes (notamment les fourmis). Retirer les feuilles atteintes.

C. Chenilles processionnaires : Elles recherchent la chaleur et forment leurs cocons en hauteur.
Les anciens tiraient les cocons pour les exposer au froid ; aujourd’hui, il faut attendre les
gelées blanches.
On peut les éliminer en hiver, par exemple avec un
pistolet à billes d’argile.

D. Cétoines : Elles mangent les étamines et les fleurs, et prolifèrent dans les composts. Réguler un peu le compost en y limitant l’apport de ligneux limite leur développement.

E. Cicadelles : Leur présence se détecte par des amas de bave, résultat de leur urine battue en mousse pour se cacher. Dans certaines régions, elles peuvent être très envahissantes.

F. Cochenilles : Souvent dues à un manque d’aération.
Solutions possibles :

  • pulvérisation de vinaigre ou de lait ;

  • huile pour les asphyxier (appliquer sous les feuilles) ;

  • mélange vinaigre + huile + savon noir (rincer le lendemain pour protéger les plantes fragiles, comme les orchidées).

G. Vers dans les pommes et autres fruits : Les insectes préfèrent pondre dans les coquilles d’œufs déposées au pied des arbres ou des poireaux.
Pour les pommiers, ils cherchent le sucre dans les fleurs :
Pulvériser sur les troncs, au moment de la floraison :

  • 10 L d’eau tiède + 1 c. à café de sucre.
    Réappliquer 1 à 2 fois selon la pluie et la durée de la floraison.

Les pertes de fruits peuvent aussi venir des vents dominants ou des gelées. Il faut observer et planter des variétés étalées dans le temps (précoces, tardives…).

Les porte-greffes sont essentiels pour adapter les fruitiers au type de sol (acide, argileux, sec, humide). Les jardineries ne maîtrisent plus toujours ces informations.
Certains fruitiers doivent atteindre une
maturité physiologique avant de produire : un noyer, par exemple, fructifie au bout de 11 ans.

H. Purins, mousses et entretien du sol : Les purins sont très riches en nitrates et peuvent déséquilibrer le sol. Attention à ne pas en abuser. Les décoctions, plus douces, sont à privilégier.

Pour éliminer les mousses et lichens, on peut :

  • arroser avec de l’urine,

  • ou épandre de la cendre de cheminée (prudence : excès de potasse possible).
    Ces méthodes fonctionnent aussi sur les toits.

DIVERS INFOS

  • Sélection naturelle et greffes : Certaines variétés de rosiers ne présentent presque pas de maladies, souvent grâce à la sélection naturelle. Ainsi, les pêchers issus de noyaux sont plus résistants que les sujets greffés.
    Les greffes doivent se faire sur des
    plants anciens, résistants, jamais sur des jeunes plants encore fragiles et manquant de maturité (on peut faire le parallèle avec les humains à qui on ne confie pas de responsabilités faute d’expérience).

  • Désherbage : Arroser les adventices en plein soleil accélère leur brûlure et les affaiblit. C’est donc une manière de désherber.

  • BRF et terreau : Le BRF peut être utile mais retient parfois trop l’humidité, favorisant les maladies.
    Les terreaux de pépinière contiennent souvent de la
    tourbe, qui se comporte comme une éponge et oblige à arroser pour maintenir les plants en vie.
    Il faut privilégier les
    plants cultivés en terre de jardin, plus autonomes.

  • Les agrumes sont à éviter dans le compost car ils ont des propriétés antibiotiques nuisibles aux bonnes bactéries.

CONCLUSION :

observer et tolérer

Pour Bernard Nouteau, le principal problème du jardinage moderne est que nous ne réfléchissons plus et n’observons plus.
Un jardin fonctionne bien lorsqu’on le comprend et qu’on intervient
le moins possible.

Enfin, il appelle à davantage de tolérance. Plus un jardin accueille d’écosystèmes et de biodiversité, plus il se régule naturellement, sans nos interventions.