Conférence « Les vers de terre » animée par Annette Gervois, enseignante en biologie végétale au Département Sciences de la Matière et de la Vie à l’UBS de Vannes ».
Les vers du sol, une biodiversité importante et pourtant méconnue.
Annette Gervois a su passionner le public en décrivant avec humour les diverses espèces de vers, richement documentées par des schémas et des vidéos.
En voici un rapide compte-rendu ainsi que de nombreux liens vers des sites et des ouvrages.
Le ver, qu’est-ce que c’est ? : Un petit animal à corps mou, sans pattes, mais bien adapté à la vie fouisseuse.
Le sol, épiderme vivante de la planète terre, se compose de :
-
49 % de matières minérales
-
26 % de fraction liquide
-
22 % de fraction gazeuse
-
03 % de matières organiques
Le sol se caractérise par :
sa texture : minérale (argiles – sables – limons)
organique (fibres – mixtes – agrégats)
sa structure qui dépend de la texture (variabilité selon les saisons par exemple).
Des photos prises sur le territoire du Morbihan, ont permis de comparer un sol où il y avait absence d’agrégats et un sol avec présence d’agrégats (d’où l’apport de chaux pour améliorer sa fertilité par exemple et surtout de la matière organique pour nourrir les vers, afin qu’ils puissent produire les fameux agrégats).
Les différents animaux du sol dont certains ont été décrits et commentés : nématodes, vers de terre, acariens, collemboles, larves d’insectes, myriapodes (diplopodes, chilopodes), isopodes (mille pattes), enchytréides (mini vers de terre), auxquels on rajoute les protozoaires, non animaux mais prédateurs également.
Les plathelminthes :
Ces vers plats prédateurs et nécrophages sont de plus en plus présents sur le sol français.
Jean-Lou Justine a créé un site dédié aux plathelminthes et vous explique comme réagir si vous pensez avoir trouvé un plathelminthe : https://sites.google.com/site/jljjustine/plathelminthe-terrestre-invasif/que-faire-si-je-trouve-un-plathelminthe Vous y trouverez également une importante documentation ainsi que des photos d’identification.
La classe des Turbellaria – les turbellariés sont des vers plats qui ont des formes libres ou parasites d’un seul hôte (poissons, tortues, amphibiens). Ils sont marins pour la plupart. Les organismes les plus connus sont les planaires.
On recense actuellement 3 plathelminthes prédateurs exotiques envahissants en Bretagne :
– Caenoplana variegata, d’origine Australienne, rayée jaune, se nourrit de cloportes, myriapodes, araignées
– Parakontikia ventrolineata, provenance Australie, ou du Sud de l’Angleterre (déjà installée là-bas), mesure 3-4 mm et on peut le trouver sur les fraises, dans des trous faits par les limaces. Son cocon est une boule noire.
– Obama nungara (animal feuille), provient d’Argentine. Ils sont présents dans les pots mais peu visibles étant donné leur taille de juvénile à ce moment là qui est de 1 à 2 mm. Ils attaquent les vers de terre. Un seul de ses cocons contient 18 nids.
Pour en savoir plus, vous pouvez regarder la bonne interview de Shanèze Noël, doctorante, pour Brut : https://www.youtube.com/watch?v=93Yp2o2iAHs
Les annélides (parce qu’ils ont des anneaux) – sont les « vrais » vers de terre.
Leur corps est composé en trois parties (tête, métasome, pygidium/anus). L’anatomie du lombric a permis de montrer qu’il possède un cœur, des reins (qu’on appelle plus exactement « néphridies »)… et que c’est grâce aux paires de soies autour de leur corps, qu’ils peuvent se déplacer.
Pour se nourrir le ver de terre constitue une « cabane fermentoir » qui permet à la litière qu’il sélectionne de se décomposer afin de mieux les digérer. Par exemple les aiguilles de pin, peu digestes en raison des essences et des acides qu’elles contiennent. Le ver de terre se nourrit donc aussi d’argile pour faciliter sa digestion… et l’ensemble ressort sous forme de turricule, souvent visible à la surface du sol.
Pour voir tout ça, cette magnifique vidéo de 1973 : https://www.youtube.com/watch?v=BzDDwGfvY8g
Vous pouvez aussi regarder C’est pas sorcier : les vers, seigneurs des anneaux (2007), qui reste d’actualité et récapitule beaucoup d’éléments de la conférence : https://www.youtube.com/watch?v=5rNp4xPTBRg&t=1443s
Les Rennais font un observatoire participatif de vers de terre, voir leur page : https://projets.ecobio.univ-rennes.fr/opvt/node/7
Ne pas confondre les vers de terre et les vers de compost :
Les vers de terre, selon leur espèce, se déplacent horizontalement dans le sol (à la surface du sol = épigée, en profondeur et très grande profondeur = endogée) et verticalement (= anécique).
Les vers de compost sont rouges, ils vivent dans le compost dont ils mangent la matière du compost et ne creusent pas profondément. Ce sont des épigés. Il faut les laisser car les mettre sur la terre du potager les ferait mourir de faim (la terre n’est pas leur milieu de vie).
J’ai vérifié : il est aussi possible d’acheter sur Internet des vers anéciques, donc des véritables vers de terre (rechercher « achat vers anéciques » sur votre moteur de recherche préféré).
Lorsque l’on sait que l’habitat du ver de terre peut être la surface du sol, quelques dizaines de centimètres en dessous ou beaucoup plus profond – on comprend aisément leurs sensibilités aux herbicides. Sur les sols traités, on constate une mortalité élevée des vers de terre (+25%) et une baisse de leur fertilité (diminution du nombre de cocons) d’après une étude sur l’effet du glyphosate sur les vers de terre dans un vignoble italien (Stellin, 2018).
Un quiz a révélé que le public a été attentif !
Pour résumer « il faut de la matière organique pour nourrir les vers de terre sur le long terme et pour gagner en richesse du sol ». Donc pailler ou mettre du compost, ou encore ne pas désherber de façon trop importante.
Cette terre qui s’étend, large de chaque côté, grasse, lourde avec sa charge d’arbres et d’eau… si c’était une créature vivante, un corps ?
Jean Giono, Colline 1929
Bibliographie :
Suivi des plathelminthes par Jean-Lou Justine,
https://sites.google.com/site/jljjustine/plathelminthe-terrestre-invasif/especes
Le sol vivant – Jean-Michel Gobat – Michel Arago et Willy Matthey – Éditions Presses Polytechniques et Universitaires Romandes. EAN-13 9782880747183
C’est un ouvrage de référence (une bible).
Éloge du ver de terre tome 2 (le premier cité lors de la conférence est épuisé) – Christophe Gatineau – EAN : 9782957376636 – 196 pages – Le jardin vivant (12/04/2023)