Alain Le Goff, enseignant formateur au lycée-CFA de Kerplouz à Auray, commence sa conférence en recommandant un livre paru aux éditions Promonature : L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales de Gérard Ducerf. La conférence d’aujourd’hui est basée sur le travail de Gérard Ducerf.

Alain Le Goff débute son propos par un exposé sur l’évolution géologique de notre planète et de la vie végétale depuis 4,5 milliards d’années, depuis les organismes unicellulaires jusqu’aux plantes de l’ordre des ginkgoales représenté aujourd’hui par un représentant unique le Ginkgo biloba.Pour simplifier l’exposé et le centrer sur les plantes bio-indicatrices, nous développons son propos à partir de l’apparition des angiospermes il y a 100 millions d’années. Les angiospermes sont des plantes vasculaires du groupe des spermatophytes (les plantes à graines). Ces végétaux, qui portent des fleurs puis des fruits, sont couramment appelés « plantes à fleurs ». Les ovules ne sont plus nus mais protégés par un ovaire (fruit). Il se produit une coévolution avec les insectes et les animaux pour la fécondation et la propagation des fruits et donc des graines. La formation des sols se fait parallèlement avec le développement de la végétation par apport de matières organiques, les bactéries anaérobies sont en contact avec la roche mère et la dégradent, les bactéries aérobies sont en surface et dégradent la matière organique et mettent à disposition des plantes les éléments fertilisants, les champignons saprophytes permettent la dégradation entre autres de la lignine, enfin les champignons mycorhiziens vivent en association symbiotique (gagnant-gagnant) avec les racines de la plupart des plantes terrestres.

L’évolution végétale se fait selon le schéma suivant :

  • mousses,
  • plantes annuelles et bisannuelles herbacées,
  • plantes vivaces herbacées,
  • plantes vivaces arbustives,
  • plantes vivaces arborescentes,
  • climax correspondant à l’équilibre forestier. Dans nos régions, le climax est à base de chênes et de hêtres,

Le cycle peut reprendre en permanence lorsqu’il intervient une modification naturelle ou une intervention humaine.

Germination des plantes

Le sol est un réservoir de graines. Les facteurs qui favorisent leur germination sont très variés et dépendent des espèces :

  • le froid (4 à 5°),
  • l’ensoleillement,
  • le tassement du sol, par exemple qui favorise le plantain major,
  • la géologie,
  • l’hydrologie,
  • la vie des bactéries aérobies et anaérobies : Les bactéries anaérobies dégradent la roche mère et libèrent les éléments fertilisants, les bactéries aérobies transforment la matière organique en humus puis dégradent l’humus (minéralisation). Cette dégradation nécessite des catalyseurs que sont l’azote (N) et le phosphore (P). Ces bactéries sont sensibles au manque ou à l’excès d’eau, au manque d’oxygène, de matières organiques ou d’oligoéléments.
  • les pratiques humaines passées et présentes,
  • l’environnement végétal comme les exsudats racinaires – l’allélopathie c’est à dire la libération de substances chimiques dans l’environnement pour influencer le développement, la croissance, la survie ou la reproduction d’autres organismes. Par exemple le trèfle violet lève la dormance du rumex.

L’industrie humaine se développe et d’autres éléments sont ajoutés :

  • métaux lourds (cadmium, plomb, arsenic, chrome),
  • aluminium,
  • éléments radioactifs,
  • pesticides,

Les plantes peuvent capter ces produits et les stocker, par exemple le Datura stramonium (dans les huiles) ou produire des substances toxiques (huiles essentielles, latex, résines) ou rejeter par les racines (comme l’euphorbe) des produits qui stimulent ou inhibent la germination.

Les raisons de l’anaérobiose

1 – Richesse en composés basiques (alcalins)

Les sols à pH élevé sont plus ou moins en anaérobiose.

  • Si le pH est inférieur à 5 (acide) : Calluna vulgaris, Erica cinerea, Betula pendula.
  • Si pH est entre 5 et 7 (peu acide) : Acer campestre, Prunus spinosa, Capsella bursa-pastoris, Medocago arabica,
  • Si pH est supérieur à 7 (alcalin) : Plantago media, Reseda lutea, Bromus erectus, Cornus mas.

2 – Teneur en eau

Le sol contient peu d’air car celui-ci est remplacé par l’eau.

  • Zone naturelle : Epilobium hirsutum, Filipendula ulmaria, Lysimachia vulgaris, Mentha aquatica, Phragmites australis.
  • Excès d’irrigation : Polygonum hydropiper, Polygonum persicaria, Epilobium tetragonum, Digitaria sanguinea, Plantago major.
  • L’eau est présente de manière temporaire : Centaurium erythraea, Daucus carota, Mentha pulegium, Ranunculus ficaria.

3 – Teneur du sol en air limitée par une forte proportion de limon

  • La battance de la terre (compaction) est favorisée et donc limite la teneur en air du sol : Conyza bonariensis, Conyza canadensis, Matricaria recutita, Matricaria perforata, Erigeron annuus.
  • Compactage par des machines lourdes : Rumex pulcher, Taraxacum officinale, Potentilla reptans, crepis foetida.
  • Compactage par piétinement par temps de pluie : Matricaria dixoides, Plantago major, Ranunculus repens, Ranunculus sardous, Polygonum hydropiper, Polygonum persicaria.

4 – Hydromorphisme (saturation du sol par l’eau) par excès de matières organiques

  • Humus archaïque, c’est un humus insuffisamment dégradé, il présente trop de carbone : Lampsana communis, Geranium robertianum, Geum urbanum, Glechoma hederacea, Bromus sterilis, Silene dioica, Stellaria holostea, Veronica chamaedrys, Veronica hederifolia. La solution est d’ajouter du paillage c’est à dire de l’azote (N).
  • Bon équilibre entre carbone et azote, la minéralisation de la matière organique par les bactéries aérobies est bonne : Geranium columbarium, Stellaria media, Cerastium trivale, Rumex actosa, Plantago lanceolata.
  • Si la matière organique est déséquilibrée par un excès de nitrates : Anagallis arvensis, Convolvulus arvensis, Geranium molle, Mercurialis annua, Senecio vulgaris, Sonchus asper.
  • Si excès de matières organiques animales, excès de nitrites et tassement des sols (hydromorphisme), la terre a une odeur de vase : Convolvulus sepium, Rumex crispus, Rumex obtusifolium, Sonchus arvensis, Chenopodium vulvaria.
  • Pollution du sol : Datura stramonium, Reynoutria japonica, Euphorbia lathyris, Conium maculatum, Amaranthus graecizans, Xanthium macrocarpum, Xanthium spinosum.

Que faire dans nos jardins ?

  • Travailler la terre sans retournement,
  • Ne pas utiliser d’outil rotatif,
  • Attendre que la terre soit ressuyer pour déambuler ou travailler,
  • Régénérer les sols tous les 5 ans avec un engazonnement ou une prairie fleurie,
  • Faire des apports de matières organiques bien compostées à partir de fumier de bovins (le meilleur),
  • n’apporter que 0,3 à 0,5 kg/m² et par an de matières organiques,
  • Couvrir en permanence » le sol par des paillages, des engrais verts ou des cultures,
  • Attention aux paillages trop ligneux et trop épais, préférer les plantes couvre-sol ou laisser les arbustes s’établir naturellement,
  • Ne pas exagérer le chaulage et réaliser des analyses du sol avant cette pratique.

L’exposé se termine par une « herborisation » dans les zones herbacées du lycée de Kerplouz. Alain Le Goff nous montre une haie où poussent des plantes favorisées par la lumière comme la benoîte, la ronce, le géranium herbe à Robert, un chemin compacté où poussent 3 variétés de plantain, une zone en bordures des vignes où se développent des amarantes et du datura.

François Leproust

Adhérent