Conférence SHPA du 25 octobre 2025 

Yannick Derrien a rendu hommage à Guy Tournellec.

Conférencier engagé, Guy était bénévole au sein de la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF). Il participait activement à la section « potagers » et « fruitiers » dont il était le secrétaire. Également très impliqué dans le jury du concours national des jardins potagers, son expertise, en particulier au niveau fruitier, était précieuse.

Il transmettait son savoir avec passion, notamment sur les enjeux de la biodiversité, du jardinage respectueux de l’environnement et de la pédagogie horticole.

Diplômé de l’École d’Horticulture de Genève (Suisse), Pierre Nessmann est rédacteur en chef-adjoint des magazines Rustica Pratique et Rustica Hebdo mais aussi paysagiste-concepteur. Nous le remercions d’avoir spontanément proposé de maintenir cette conférence, en hommage à Guy Tournellec qu’il connaissait.

« Les arbres fruitiers : choix et entretien » par Pierre Nessmann

Le potager et le verger étaient souvent associés, les petits fruits (framboisiers, groseilliers, cassissiers) assurant parfois la jonction entre ces deux univers.

L’aménagement d’un verger prend du temps : il faut attendre quelques années avant que le fruitier commence à produire. C’est pourquoi le choix des formes fruitières, des variétés mais aussi l’analyse et la prise en compte de l’environnement (sol, climat, expositions…) sont des critères à prendre en compte.

Voici plusieurs pistes de réflexion :

ENVIRONNEMENT ET CHOIX DES ARBRES FRUITIERS

Quel type de verger et comment organiser l’espace ?

S’il s’agit d’un verger de plein champ, les espèces seront conduites sur des tiges ou des demi-tiges, permettant une hauteur de couronnement suffisante pour circuler librement en dessous (animaux, engins agricoles…).

Pour un verger intensif, dans le cadre d’une exploitation fruitière à très haute rendement, les arbres seront plantés serrés et de forme plus compacte.

Pour le verger familial, le choix s’orientera vers les basses tiges et les demi-tiges, avec des troncs plus bas, facilitant l’accès aux fruits sans toujours utiliser une échelle. Veillez toutefois à ce que la hauteur de couronnement soit suffisante pour ne pas être gêné par les premières branches (passage de la tondeuse).

Le verger décoratif concerne les espaces clos par des haies ou des murs. La forme donnée aux fruitiers sera esthétique (haie fruitière, en espalier, en gobelet) on recherchera une mise à fruits plus importante.

Quelques explications sur la hauteur du tronc :

basse tige c’est un tronc d’une hauteur de 60 cm où il est difficile de circuler en dessous du fruitier.

demi-tige dont la hauteur de 120 cm améliore la circulation sous le couronnement. Idéale pour accéder aux fruits sans escabeau ou échelle.

tige c’est une hauteur de 180 cm qui nécessitera une échelle pour la cueillette des fruits. haute tige concerne plutôt les vergers à cidre dont la hauteur est de 240 cm.

Quelles formes fruitières

Les formes fruitières sont multiples et dépendent de l’emplacement de l’arbre (adossé à un mur ou au milieu d’un pré, d’une pelouse). Citons les principales :

– les cordons (pommiers, poiriers) pour les petits jardins. Les fruitiers sont serrés les uns aux autres et la production est faible mais ils permettent la culture de légumes à proximité (potager à la française).

– les palmettes se caractérisent par leur forme en U, U double ou palmette Verrier. La distance de plantation entre les palmettes est de 3 à 4 mètres. Pour la formation les branches seront toujours distantes de 30 cm. Cette côte (norme) permet de replanter un arbre entre deux sans impacter la production et en s’adaptant aux structures existantes.

La tendance est aux formes colonnaires (circulaires), adaptées aux petits jardins, mais aussi pour répondre à la demande changeante des consommateurs. Leur mise à fruits étant plus rapide, l’arbre va vite s’épuiser et sa durée de vie sera de 10 à 15 ans, au lieu de 60 à 90 ans pour les autres formes fruitières.

– Sensibilité des fruitiers, leurs besoins, leurs ennemis.

La luminosité, l’ensoleillement permettent la photosynthèse qui apportera sucre et couleurs aux fruits.

Les phénomènes climatiques peuvent contrarier ou encourager la formation des fruits.

Par exemple le brouillard, l’humidité réduisent la pollinisation et l’activité des abeilles : le pollen se disperse moins et les abeilles ne sortent pas.

Dans les endroits où l’humidité ambiante est présente (plan d’eau, cuvette, rosée du matin), l’effet de loupe engendré par les rayons du soleil sur les fruits, intensifie leurs couleurs.

La pluie élément important à la croissance des arbres mais peut toutefois réduire le développement des racines des arbres en raison du sol qui se tasse et se compacte sous l’effet de l’eau.

Le vent agira sur l’encrage des racines : l’arbre aura tendance à s’incliner ce qui peut provoquer des ruptures de branches. A cela s’ajoutent les vents marins, les embruns salés qui nuiront à leur croissance.

On assistera alors à la chute physiologique des fruits lorsque l’arbre saura qu’il ne pourra pas assurer la production.

Le sol n’est travaillé qu’au moment de la plantation. Un trou d’une profondeur de 60 cm et 50 cm de côté permettra à l’air de circuler et aux racines de se développer. Un tuteur renforcera le maintien de l’arbre durant les premières années.

Achats – -Obtention de nouvelles variétés

Les axes de recherche sont principalement orientés vers la qualité gustative et la tolérance aux maladies (la plante acceptera d’être « un peu » attaquée mais la résistance à 100 % n’existe pas). Pour être informé.e des dernières avancées dans ces domaines :

L’INRAE site de recherche sur les fruitiers

https://www.inrae.fr/actualites/productions-fruitieres-lheure-du-changement-climatique-risques-opportunites-regions-temperees

et les Établissements Delbard avec leur centre de recherche sur les arbres fruitiers et les roses https://www.georgesdelbard.com/pages/la-creation

On peut ainsi trouver sur le marché des arbres adaptés aux petits jardins ainsi que des arbres fruitiers nains que l’on peut planter dans des pots.

Veillez à favoriser la production locale et la variété locale car déjà adapté à la région.

Vous pouvez vous procurer un scion (une seule tige – de 1 à 2 années) que vous pourrez former vous-même.

Les arbres fruitiers vendus sont conditionnés :

– en racines nues : elles sont emballées dans une poche de terreau ; la reprise est bonne pendant le repos de la végétation.

en pot : l’arbre est mis dans un conteneur lui permettant ainsi de développer son système racinaire. Il peut rester plusieurs années dans ce contenant et bénéficie d’une garantie de reprise. Mais les racines risquent de s’enrouler dans le pot et se développer en ‘tire-bouchon. Il faut veiller à bien les griffer pour qu’elles se déploient et se développent en largeur. .

Lire l’étiquette mentionnant la variété et le label du fruitier (Rouge, obtention CTIFL – Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes).

MULTIPLICATION VÉGÉTATIVE : LE PORTE-GREFFE

Le greffage consiste à rassembler deux plantes : le portegreffe (dont on ne gardera que les racines et le tronc) et le rameau (greffon) de l’autre.

On choisira un porte-greffe à noyaux pour y greffer un rameau à noyaux et un porte-greffe à pépins pour y greffer un rameau à pépins.

Le porte-greffe a pour seul rôle de développer les racines. On privilégiera :

– un porte greffe faible pour une variété esthétique, à faible développement

– un porte-greffe moyen pour des formes plus volumineuses et donner davantage de force à l’arbre

– un porte-greffe fort pour des fruitiers volumineux et à forte production.

Un choix inadapté de porte-greffe se manifeste par la formation de rejets à la base du porte-greffe, les gourmands, (qu’il faudra couper) ou d’un gros moignon au sommet du tronc (bourrelet de greffe) qui signale un manque de compatibilité et donc de fluidité dans la circulation de la sève entre le porte-greffe et le rameau.

Pour obtenir un arbre fruitier à tronc droit, on peut sur un même sujet avoir un sujet cultivé pour ses racines, un autre pour le tronc (greffe intermédiaire) et un dernier sujet pour la variété, soit deux points de greffe. Le porte-greffe intermédiaire fournira ainsi un tronc droit.

La multiplication végétative se fait écussonnage (on prélève un écusson, on découpe l’écorce de l’arbre, on y insère l’écusson et on le ligature.

On peut aussi utiliser le greffage en couronne qui consiste à étêter le porte-greffe à une hauteur souhaitée. On insère les petits rameaux dits rameaux greffons dans le bois sous l’écorce, on ligature et mastique.

ENTRETIEN DES ARBRES FRUITIERS

C’est là que l’observation humaine est importante. Vérifiez régulièrement l’état général de l’arbre et de son environnement : les feuilles (recto-verso), le tronc, les fleurs, les fruits, la présence d’insectes et de parasites …

Parmi les nombreuses maladies fongiques, on peut citer les plus fréquentes :

– le mildiou qui provoque des taches blanches sur les feuilles et les fruits.

– la tavelure : taches brunes et rugueuses, principalement sur les pommes et poires.

– la moniliose ou pourriture brune qui affecte les fruits et les rend immangeables.

Avant tout traitement, tenir compte de la bonne connaissance des parasites et des maladies.

Privilégiez les traitements biologiques (pièges à phéromones, filets, effaroucheurs d’oiseaux), évitant les produits chimiques nocifs.

Vous limiterez ainsi les résidus toxiques sur les fruits et préserverez la faune auxiliaire : en ménageant les insectes bénéfiques.

La fertilisation s’effectue pendant la période végétative de mai à juillet :

– l’azote est nécessaire au début, au moment de la plantation,

– le phosphore après la plantation pour activer la formation des bourgeons et des feuilles,

– le potassium pour la formation des fruits.

Cet apport de fertilisant naturel composé de matières minérales (fumier, corne, sang séché) devrait suffire. Afin de faciliter la pénétration du fertilisant, il faut griffer le sol, bien décompacter, ou faire simplement des trous, avant d’y déposer le fertilisant. Attention ! On se fertilise pas autour du tronc, on apporte la fumure plutôt à l’aplomb des branches.

Si vous constatez un jaunissement des feuilles, une mauvaise formation des fruits, un ralentissement de la végétation, votre fruitier est probablement en carence d’eau.

Le chaulage peut être effectué seulement si cela est nécessaire, il résulte de vos observations et peut se faire pour les deux ans.

En principe, si cela est nécessaire, à l’automne (à refaire au printemps) le chaulage éloigne les parasites, la montée des insectes. Cela consiste à badigeonner le tronc, sans oublier le tuteur !

La plantation d’alliacées (ail, oignon, échalote), de thym, de romarin autour de l’arbre, participe à la lutte préventive. Mettre de la glu arboricole pour empêcher la montée des insectes, nuit aux abeilles.

TAILLE DES FRUITIERS

Nous n’aborderons ici que les principes fondamentaux de la taille des fruitiers. Il est conseillé de se rendre dans un verger pour une explication pratique et concrète des tailles et participer à des ateliers phénologiques pour le suivi de la floraison, de la formation des fruits…

La taille de formation généralement réalisée par les pépiniéristes avant la mise sur le marché des fruitiers. La forme comprenant un axe avec trois charpentières est un critère de qualité.

La taille de fructification s’effectue tous les ans en hiver, de fin décembre à mi-mars selon les régions et les températures hivernales qui sont de plus en plus douces !

Avant d’effectuer cette taille, se placer face à l’arbre et regarder ce qu’il faut enlever pour aérer l’arbre afin de laisser la lumière et l’air passer à l’intérieur de la couronne.

  1. On commence par supprimer les branches mortes, les rameaux qui encombrent le centre de l‘arbre pour ne conserver que ceux qui sont orientés vers l’extérieur (= »qui regarde le jardin).

  2. Éliminer les branches qui se croisent, sont en doubles pour ne garder que celles qui sont dirigées vers l’extérieur.

  3. Couper également les gourmands qui poussent au pied de l’arbre, sinon le porte-greffe « prendra le dessus » sur le fruitier greffé.

Pour les rameaux de l’année (ceux qui ont poussé l’année écoulée) éviter de les couper trop sévèrement et respecter la forme initiale (buisson, circulaire, espalier, colonne…). Sans taille d’entretien, un arbre fruitier reprendra une forme naturellement arrondie.

La taille de restauration ou de régénération : A effectuer en janvier-février, cette taille consiste à couper (à la scie ou la tronçonneuse) les branches charpentières afin de redonner une silhouette harmonieuse à l’arbre.

On peut ne pas tout couper (laisser la moitié) pour bénéficier d’une récolte de fruits et tailler l’autre moitié l’année suivante.

Sur les branches sévèrement rabattues, on conserve une branche dite « tire-sève » qui produira des feuilles et atténuera le choc d’une taille sévère. La cicatrisation se fait naturellement.

Faute de temps, la conférence a dû se terminer et le chapitre de la taille n’a malheureusement pas pu être développé dans les détails.

La bibliothèque s’est enrichie de deux ouvrages de Pierre Nessmann : « Le potager de père en fils » et « Mon jardin s’adapte au changement climatique ».