C’est avec plaisir que nous avons écouté Jean-François Petton nous parler avec passion des rhododendrons.

Membre très actif de la Société Bretonne du Rhododendron, pour les curieux et les passionnés, une visite de leur site s’impose : https://www.societebretonnedurhododendron.com/

Voici le résumé de sa conférence :

Généralités

Les rhododendrons sont des Ericaceae parmi les 1350 espèces de la famille.
Le genre rhodo est l’un des plus vastes avec environ 1000 espèces, y compris les Vireyas et les azalées qui sont maintenant classées dans cette famille. Les vireyas sont des rhododendrons tropicaux ou sub-tropicaux en général non cultivables en pleine terre mais possédant de très riches coloris. Sous nos climats ils pourraient faire de très belles plantes d’intérieur.

80% sont originaires de l’arc himalayen : Népal, Tibet, Sikkim, Bhoutan, Arunachal Pradesh, Myanmar et des contreforts : Chine (Yunnan, Sichuan, Guangxi…) Vietnam, Taiwan…
Japon, Amérique du Nord, Europe (dont la France avec R. ferrugineum et hirsutum) et Asie de l’ouest (Turquie, Arménie…) se partagent les restes.

Leurs origines peuvent expliquer pourquoi il est parfois difficile de cultiver cette plante chez nous : données climatiques (moussons et grosse pluviométrie), alternance de deux saisons en Asie, l’altitude, les précipitations de neige et les températures.

Il existe beaucoup d’hybrides, plus de 40000 certainement mais tous ne sont pas enregistrés.

Le rhododendron est une plante acidophile, c’est pourquoi il se plaît en Bretagne.
Ils sont divisés en deux catégories : les lépidotes et les élépidotes. Les premiers ont des écailles sous et/ou sur la feuille. Important : il n’est pas possible d’hybrider un lépidote par un élépidote et inversement sauf très rares exceptions

Il existe 3 types de rhododendrons :

Les ports arborescents avec en tête de liste les R. arboreum et leurs hybrides. La forêt d’arboreum cinnamomeum de Milke Danda au Népal renferme des exemplaires de 25 m de haut et vieux de 250 ans. Un français René de Milleville se bat depuis longtemps pour la protéger (menacée par les trekkeurs qui brûlent le bois et par des projets de route)
Les Anglais ont très tôt hybridé ces espèces pour obtenir R. Broughtonii, R. Blood Red, R. Southamptonia, Cornish Red… plantes à grand développement nécessitant donc de grands jardins voire des parcs.

Les ports buissonnants de hauteur raisonnable et parfois étalés. Ce sont les plus courants. Parmi les 35000 ou plus hybrides existants, je retiens le R. Horizon Monarch qui peut être 3 fois plus large que haut et qui a de superbes fleurs.

Les ports nains en particulier des Lapponica et de leurs hybrides, plus adaptés peut-être aux jardins d’aujourd’hui, aux surfaces plus restreintes. Les célèbres pépinières Cox en Ecosse ont développé sur le thème des oiseaux plusieurs hybrides nains : Plover, Egret, Crane, Goosander, Wren, Curlew…

Découvrons certaines caractéristiques des rhododendrons

Les feuilles
C’est sans doute l’un des éléments les plus intéressants chez cette plante car les fleurs passent assez vite tandis que les feuilles persistent toute l’année.
Certains rhodos ne gardent qu’un étage de feuilles chaque année ce qui contribue à leur donner un port dégingandé et il vaut mieux privilégier les plantes qui gardent leurs feuilles 2 ou 3 ans. Un élément domine : la variabilité.
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Elle peut varier de 50 cm pour le R. sinogrande (dans nos jardins car dans la nature la taille peut atteindre 1 m) à 1 cm avec peine pour le R. telmateium comme sur la photo ci-dessous. L’inconvénient des grandes feuilles est qu’elles offrent beaucoup de prise au vent et que les pétioles se brisent.

La taille des élépidotes est plus grande que celle des lépidotes dans l’immense majorité des cas, excepté certains Maddenia.

Leur dessus et dessous
Souvent glabres et unis. Il y a parfois un indumentum. C’est un velours présent le plus souvent à la face inférieure et de couleur variée. Il s’efface au grattage et peut laisse apparaître la structure d’une 2° couche (bistrate). Il est parfois discontinu comme celui du R. floccigerum.

La couleur des feuilles et leur consistance
Elles varient selon les saisons voire les conditions climatiques. Le vert peut être mat ou brillant, clair ou foncé.
Elles sont bronze parfois en début de végétation ou panachées. Elles sont rouges comme R. Elizabeth Lockaert ou R. Ever Red .
La feuille peut être très dure à consistance de cuir comme le R. insigne ou mollasse comme le R. stamineum ou encore poilue et douce au toucher comme R. oldhamii.
Les écorces
Elles sont intéressantes d’autant que le rhodo a un port arborescent et que le tronc se dégage bien.

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En France nous avons aussi quelques hybrideurs appartenant pour la plupart à la SBR : Liliane Le Duigou, M. Colombel, C. De la Sablière, R. Grall ou J.F. St Jalm
Cet hybride de J.F. St Jalm, R. Beauvallon, a retenu l’attention de A. Leslie chargé sur le plan international d’enregistrer les nouveaux rhodos. La photo montre non pas la fleur qui est déjà fanée mais le calice qui persistera quelques mois . 

 

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Leurs parfums
Certains rhodos sont parfumés. Parmi les espèces on peut citer le R. fortunei à l’origine de nombreux hybrides, R. luteum autrefois appelée azalée pontique ainsi que certaines azalées américaines, les R. maddenia en général, le R. anthopogon qui sert d’encens dans les cérémonies du monde himalayen. Les hybrides parfumés : les Loderi, Snowbird, Dexter’s Spice.
Pour compléter les parfums certaines feuilles dégagent un odeur très agréable surtout quand on les froisse et c’est parfois obsédant quand dans les treks vous écrasez (un peu) les tapis de rhodos nains, en particulier les Lapponica.

Leur culture
Ce sont des plantes acidophiles exigeant donc un terrain acide : pH aux alentours de 5 voire 6. Pour tenter d’abaisser le pH vous pouvez utiliser le sulfate de fer liquide ou du chlorure d’ammonium qui est un acide faible mais cela tient de l’apprenti sorcier. Un pH neutre peut être contrecarré par du magnésium qui empêche l’entrée des ions calcium dans la plante. Le rhodo en est très friand et il est capable de mourir d’indigestion calcaire. Exemple des Canshan en Chine, du marbre sous-jacent et de la dolomite.
Vous pouvez aussi acheter des rhodos appelés « inkharo » auprès de pépiniéristes allemands. Ce sont des rhodos greffés sur du R. Cunningham’ White. Ces porte-greffes déjà tolérants au calcaire par nature sont sélectionnés par passages successifs dans des milieux de culture de moins en moins acides…
Le meilleur milieu semble être le terreau de sous bois, essentiellement des feuillus bien que l’on voie dans beaucoup de jardins aux USA une culture sous abri de conifères. La décomposition des aiguilles de conifères donne un sol très acide. Au sol cependant ces aiguilles ont un poids considérable, dix fois supérieur à celui d’un paillis habituel semble-t-il.
La terre ne doit pas être trop compacte car le rhodo a un système racinaire fragile fait d’un chevelu très fin et on peut évoquer à ce propos les précautions à prendre lors de la plantation.
Le rhododendron peut se déplacer facilement à condition de faire un apport de mycorhizes. Par contre le sujet adulte est mycorhizé naturellement.
La taille s’effectue à sève dormante (avril à mai), les yeux dormants sont cachés sous l’écorne (petite verrue verte).

Bibliographie
Peu d’ouvrages en langue française :
« Les rhododendrons » par Raymond Grall, Jean Lennon et Georges Claustre
« Rhododendrons § Azalées » par Kenneth Cox aux éditions Hachette (épuisé)

En langue anglaise :
« The Encyclopedia of Rhododendron Species » de P. et K. Cox
« Rhododendron Hybrids » de Salley et Greer
« Rhododendrons and Azaleas » de K. Cox
« Rhododendron Handbook » édition de 1998 par la RHS (dernière classification)
On peut aussi citer les 4 tomes de « Rhododendron Species » de H.H. Davidian

Et pour satisfaire votre curiosité, consulter leur site
https://www.societebretonnedurhododendron.com/

Vous y découvrez de très nombreuses photos de rhododendrons au fil des mois, les récits des voyages et des liens vers des parcs situés en Europe, en Chine, au Vietnam, sur la côte ouest des États-Unis, leur banque de graines, des exemples d’hybridations réalisées par leurs adhérents.
Il indique leur présence à des animations dans le Finistère en 2025, notamment au domaine de Trévarez qui organise des manifestations autour du rhododendron et une vente de leurs productions.