Pascal Prieur a fait salle comble ce dimanche pour sa conférence « La taille raisonnée des arbustes ».
Il a révolutionné la vision de la taille des arbustes ornementaux (pas les fruitiers) et il va nous expliquer pourquoi :
À l’origine les végétaux « sauvages » se sont adaptés au milieu dans lequel ils sont nés, étant capables de pousser correctement et de se reproduire. Un plant sauvage ne nécessite donc aucune intervention humaine. On a fait ensuite des sélections à partir de ces végétaux : qu’en est-il de ces plantes horticoles ?
Ce qui va suivre présente les notions de base pour comprendre la nécessité d’une taille ou non et la réaction de la plante face à cette taille. Une démonstration pratique sur le terrain s’avère donc nécessaire pour visualiser les techniques de taille et les appliquer correctement.
La taille ne favorise pas la floraison mais la vigueur végétative.
À partir de ce constat, Pascal Prieur développe les fondamentaux de la taille :
Le taille-haie certes fait gagner du temps : il est moderne, soi-disant plus efficace qu’un sécateur. Pourtant il génère des nuisances en tout genre pour les végétaux, l’utilisateur et l’environnement.
Plus la taille est importante et radicale, plus les réactions sont violentes et verticales : on favorise ainsi la pousse des feuilles au détriment de la floraison : ce sont les hormones végétales (phytohormones) qui réagissent sur l’architecture et les réactions à la taille, dont deux essentielles :
– l’auxine est sécrétée par les pousses terminales en croissance. Elle descend dans les tiges jusqu’aux racines où elle s’accumule, stimulant ainsi le développement des racines. Elle favorise le grossissement cellulaire, Elle empêche le débourrement des bourgeons axillaires (latéraux), entraîne la croissance à l’horizontale des rameaux et modère leur vigueur, favorisant ainsi la floraison.
– les cytokinines sont majoritairement opposées aux effets de l’auxine. Sécrétées par les jeunes racines en croissance, les cytokinines migrent vers le collet puis vers les tiges. Elles provoquent le développement des bourgeons axillaires entraînant la vigueur des rameaux. Elles limitent, retardent ou inhibent la floraison.
Chaque extrémité de rameau en croissance agit comme un « chef », grâce à l’auxine qui régule la vigueur et organise la pousse, tandis que les cytokinines perturbent momentanément l’organisation des rameaux. Plus l’on coupe, plus la désorganisation est forte, mais plus il y a de candidats pour être chef ! C’est l’effet cytokinines. C’est pourquoi Pascal Prieur a représenté ce phénomène par le sigle RVV (Réveil, Verticalité, Vigueur) qui fait référence à l’effet cytokinines. Donc y penser avant d’entamer une taille.

Architecture des végétaux ligneux
L’objectif de toute plante est de coloniser l’espace en constituant des axes, c’est-à-dire des lignes de construction. Étudions la composition de ces axes :
– L’acrotonie (Acro : sommet – Tonie : tonus) celles qui s’allongent vers le sommet sont acrotones (ex. les arbres, le photinia ou même la lavande, qui poussent depuis le sommet des rameaux).
– La basitonie (Basi : base – Tonie : tonus) celles qui n’allongent pas leurs rameaux au-delà de ce qu’elles sont capables de donner la 1ère année une fois leur système racinaire bien implanté sont des basitones. Aucune taille de formation n’est nécessaire, seulement une taille d’entretien. Quand on raccourcit un rameau, la plante reconstruit ce qu’on lui a enlevé. Les basitones strictes n’existent pas, sauf le framboisier.
– La mésotonie (Méso : milieu – Tonie : tonus). Les ramifications se forment en partie médiane (rameaux médians, exemple le forsythia).
– La médiatonie pour le sureau qui grandit depuis le milieu. C’est une mésotonie vigoureuse.
Quand l’acrotonie ne fonctionne pas bien, la plante déclenche la basitonie. Une éclaircie sur la souche est alors nécessaire. Cela veut dire que l’on coupe la branche au ras de la souche et non pas à 10 cm de la souche.
Remarque : le bois mort n’empêche pas les plantes de pousser.

Les modes de floraison
La fin de saison végétative est la meilleure période pour effectuer une analyse du mode de floraison :
– sur les pousses de l’année : si toutes les pousses constituées depuis le printemps ont fleuri (la potentille, la lavatère, la perovskia).
– ou sur le bois de l’année précédente : si les rameaux formés dès le printemps n’ont pas fleuri. Les bourgeons sont en dormance, on ne les voit pas, seulement quand ils vont se réveiller au printemps (deutzia, spirées « de printemps », chèvrefeuille).
Confirmé scientifiquement : si on coupe les extrémités des rameaux, on va favoriser le RVV (Réveil Verticalité Vigueur) qui réduira la floraison. Pour se reconstruire, la plante fera des feuilles au lieu de fleurs. Dans le doute, attendre une année pour savoir sur quel bois la floraison s’effectue.
Des nombreuses photos d’arbustes (avant, après ou sans taille) ont montré la réaction des végétaux et l’impact sur leur floraison et leur croissance.
Pascal Prieur a mis en évidence, au cours de cette conférence, ce qu’il est nécessaire de connaître afin de respecter l’arbuste et de le laisser s’épanouir librement, lui permettant ainsi de se révéler par une floraison abondante.
Comparaison de deux massifs de Spiraea x vanhouttei distants de moins de 2 km et photographiés le même jour.
Ci-contre massif âgé de 23 ans, aucune taille n’a été effectuée.
Remarquez la tige de 1 m de hauteur.
Ci-contre cet arbuste a été taillé consciencieusement chaque année, en boule à la fin de l’été.
Remarquez la tige de 1 m de hauteur.
En réduisant la longueur d’un rameau, la plante est incitée à mettre de l’énergie pour compenser les dommages subis.
En réaction elle déplace ses zones de réserves,
ce qui favorise encore plus la croissance des pousses.
Si vous voulez en savoir plus, Pascal Prieur met à disposition gratuitement sur son site https://pascalprieur.com/ (ramifications) divers documents dont :
– un tableau « acrotone ou basitone » sur les modes de ramifications, leur comportement et leurs modes de floraisons de plus de 300 variétés d’arbustes. Vous saurez si une taille est nécessaire et comment la pratiquer.
Ouvrage conseillé par Pascal Prieur
Dans la peau d’un arbre (secrets et mystères des géants qui nous entourent) – Catherine Lenne – Éditeur Points – nov. 2023.
Notre bibliothèque
La pratique de la taille raisonnée des arbustes (E029) – Pascal Prieur, Ulmer 2017
Encyclopédie Prieur de la taille raisonnée des arbustes (E087) – Pascal Prieur, Ulmer 2025
(les images proviennent de son encyclopédie.