La grande diversité des fuchsias

Alain Karg, Président de la section « Fuchsia et Pélargonium » de la SNHF

et responsable honoraire de ‘l’Arboretum de Chèvreloup’

Alain Karg commence sa conférence par un hommage à Simone Lomet qui a beaucoup œuvré au sein de la Société Nationale d’Horticulture de France, section « Fuchsia et Pélargonium » pour faire connaître et développer le Fuchsia.

Puis Yannick Derrien nous informe du décès de Roger Faucon, Président de la Société d’Horticulture du Pays d’Auray de 1999 à 2005, et propose une minute de silence pour honorer sa mémoire.

Le genre Fuchsia

Fuchsia est un genre de plantes à fleurs de la famille des Onagracées, originaire d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud et, en Océanie, de Nouvelle-Zélande et Tahiti. Ce sont des arbrisseaux, parfois des petits arbres ou des arbustes, qui ne supportent pas, pour la plupart, les températures négatives. 105 espèces sont identifiées.

Classification APG III (2009)

Règne

Plantae

Clade

Angiospermes

Clade

Dicotylédones vraies

Clade

Rosidées

Clade

Malvidées

Clade

Myrtales

Famille

Onagraceae

Description

La plupart des fuchsias sont des arbrisseaux ou arbustes de 20 cm à 4 m de haut, caducs ou persistants selon les espèces.

Les fuchsias ont des feuilles opposées ou verticillées par 3 ou 5, longues de 1 à 25 cm environ, entières au limbe lancéolé.

Les fleurs  simples ou doubles, pendantes, tubulaires, se terminant en forme de clochette  apparaissent réunies en de nombreuses grappes de mai en juin jusqu’aux gelées. Elles ont quatre sépales longs, effilés, et quatre pétales plus courts et plus larges.

Chez beaucoup d’espèces, les sépales sont rouge brillant et les pétales pourpres, mais les coloris peuvent varier.

Les fruits sont de petites baies, de 5 à 25 mm de long, de couleur vert-rougeâtre sombre à rouge. Ces baies contiennent de nombreuses petites graines et sont légèrement sucrées voire insipides mais toutes sont comestibles et peuvent être utilisées pour faire des confitures ou de la pâtisserie.

Le Fuchsia préfère un habitat humide et un sol drainant et frais. La rusticité de certaines variétés est de – 8°C. Toutes les variétés cultivées en tige doivent obligatoirement être hivernées à l’abri du froid.

Historique

C’est le français Charles Plumier (1646 – 1704) de l’ordre des Minimes, botaniste et explorateur pour le compte du roi Louis XIV, qui le premier a récolté et décrit Fuchsia triphylla à la fin du XVIIème siècle. Il nomme cette plante fuchsia en hommage au botaniste allemand Leonhart Fuchs. Le nom d’espèce Fuchsia triphylla sera officialisé en 1753, par Carl von Linné. En France, le pépiniériste Victor Lemoine (1823-1911) de Nancy et les pépinières Rozain-Boucharlat de Lyon furent à l’origine de nombreux cultivars.

Aujourd’hui, il est possible de voir des collections de fuchsias :

  • Arboretum de Chévreloup, 30 route de Versailles, 78 Le Chesnay-Rocquencourt. Les serres de l’arboretum abritent la collection nationale de fuchsias botaniques (60 taxons) et une imposante collection de fuchsias cultivars, certains très anciens, d’autres plus nouveaux créés par des obtenteurs de tous les pays du monde. Ces collections ne sont visitables que très ponctuellement lors des journées du patrimoine.

  • Jardin du Conservatoire Botanique National de Brest, Rampe du Stang-Alar, 29 Brest. Ce jardin créé en 1975 par Jean Yves Lesouëf pour abriter des collections de plantes menacées d’extinction présente également des fuchsias botaniques.

  • Parc de la Folie Hubert, 41 rue des marais, 45 Meung-sur-Loire. Ancien pavillon de chasse de l’Évêque d’Orléans construit en 1692, La Folie Hubert est un parc tricentenaire de 2 hectares, aménagé au bord des Mauves à Meung-sur-Loire. Sa visite propose une collection de Fuchsia.

  • Fuchsia-Delhommeau, L’étang du Bois Joly 44 La Planche. Le pépiniériste propose plus de 600 variétés à la vente.

Les espèces

Le genre est subdivisé en 12 sections qui regroupent environ 120 à 125 espèces dont 105 sont identifiées.

  • Section Fuchsia : 62 espèces – 2 sous-espèces,

  • Section Hemsleyella : 15 espèces,

  • Section Quelusia : 9 espèces – 3 sous-espèces,

Cette section inclut Fuchsia hatschbachii et Fuchsia regia.

  • Section Encliandra : 6 espèces – 10 sous-espèces – 1 hybride naturel,

  • Section Ellobium : 3 espèces, fleurissent en hiver,

  • Section Skinnera : 3 espèces – 1 hybride naturel,

  • Section Schufia : 2 espèces – 2 sous-espèces,

  • Section Jimenezia : 1 espèce,

  • Section Kierschlegeria : 1 espèce,

  • Section Procubens : 1 espèce,

  • Section Verrucosa : 1 espèce,

  • Section Pachyrrhiza : 1 espèces.

Les hybrides sont les variétés les plus cultivées par les pépiniéristes et les collectionneurs. Il existe plusieurs milliers de cultivars.

Culture

  • En pot, jardinières ou suspension: utiliser un substrat à pH légèrement acide ou neutre (1/3 de terre franche sans calcaire, 1/3 de terreau de feuilles et 1/3 de terreau de fumier, enrichi d’engrais minéral constituent un mélange adapté). Un apport d’engrais à géranium régulièrement est profitable.

  • Au jardin, un terrain bien drainé, humifère associé à un bon paillage maintient la terre humide propice au développement du Fuchsia.

  • En règle générale, les fuchsias préfèrent la mi-ombre. Mais certaines variétés rustiques résistent bien au soleil.

  • La taille se fait au printemps, avant le départ de la végétation. Il est possible de tailler très court ou de rabattre les tiges d’environ 1/3.

  • Tous les fuchsias se bouturent au printemps ou en arrière-saison plus ou moins facilement suivant les espèces ou les variétés. Le bouturage est la méthode de multiplication la plus simple et la plus efficace pour reproduire les variétés.

Une bonne technique de bouturage consiste à couper des bouts de tiges lignifiée d’environ 15 cm, de les disposer à plat dans un plateau garni de sphaigne vivante, ce mode de bouturage garantit 100 % de reprise.

Le marcottage, la division des souches ou le greffage sont également possibles.

Le semis reste réalisable mais il est sujet à l’hybridation.

  • La rouille peut attaquer les plantes cultivées en pot : feutrage orangé à l’envers des feuilles qui tombent entraînant avec elles les spores propagatrices de la maladie.

  • Les limaces peuvent attaquer les jeunes pousses au printemps.

  • Les pucerons sont friands des jeunes pousses, Ils sont faciles à détruire, avec une solution aqueuse à 20 % de lait.

  • Les mouches blanches (aleurode des serres, Trialeurodes vaporarium) se placent sous le feuillage qui perd de sa brillance. La fumagine se développe sur les excréments des mouches déposés sur les feuilles.

  • Les altises (Haltica oleracea) font surtout des dégâts sur les extrémités et perturbent la floraison.- Les araignées rouges sont des acariens qui s’attaquent à la surface inférieure des feuilles entraînant leur chute. La chaleur et la sécheresse de l’air favorisent leur apparition.

  • Les thrips attaquent les fleurs provoquant des déformations.

  • L‘Aculops fuchsiæ, une araignée jaune originaire d’Amérique du Sud, est apparu en 1981 en Californie dans la région de San Francisco puis en 2003 à Vannes et à l’Île-aux-Moines par l’intermédiaire d’un collectionneur revenant des États-Unis avec des plantes contaminées. Cet acarien ravageur phytophage, déforme les extrémités des tiges et détruit la floraison. Le Fuchsia magellanica gracilis est le plus sensible à ce ravageur surtout présent dans l’ouest de la France. Les feuilles sont le premier organe atteint. Après le flétrissement des bourgeons terminaux, elles se couvrent d’un voile blanc similaire à de l’oïdium. Attaquées par l’acarien, ces feuilles commencent par rougir avant de se boursoufler, formant des galles vert pâle qui deviennent rougeâtres par la suite. Les fleurs sont progressivement touchées. Les galles sont le seul indicateur de la présence du ravageur, qui n’est pas observable à l’œil nu. L’acarien est disséminé par le vent et les insectes, mais le transport de plantes et les échanges de boutures infestées constituent le mode de propagation le plus répandu.

En cas d’attaque, il faut intervenir rapidement en détruisant toutes les parties atteintes de la plante et en prélevant environ 3 à 5 cm de terre dans le pot. Il est conseillé de brûler les parties contaminées de la plante et d’éviter de les déposer en déchetterie.

Un autre moyen de lutte est de choisir des cultivars résistants, tels Fuchsia ‘Blue Sarah’ ou Fuchsia regia ‘Regi’ car les spécialistes ont constaté que l’Aculops fuchsiæ ne s’attaque pas à toutes les espèces et variétés.

fuchsia blue sarah

La conférence se termine par une démonstration de bouturage du Fuchsia à partir d’un plant en pot de Fuchsia Hatschbachii et de branches de Fuchsia Regia ssp serrae. Puis Alain Karg distribue généreusement des tiges aux membres de la SHPA présents à la conférence ; du travail en perspective pour préparer les boutures et les mettre en pot, avec apparition des racines en 3 à 4 semaines.