Pierre Turmeau, arboriste élagueur et formateur au CFA du lycée de Kerplouz, est venu ce samedi 25 avril nous parler des champignons et des arbres : une histoire d’amour et de haine.
Les champignons sont apparus dans les océans il y a 2,4 milliards d’années, ils sont capables de dégrader la roche pour en extraire les nutriments. Bien que les racines soient apparues, les végétaux restent associés aux champignons pour se nourrir. Les filaments mycéliens (hyphes) s’insinuent à l’intérieur des racines pour y établir une plus grande surface.
Grâce au métabolisme de la photosynthèse, les végétaux verts (chlorophylliens) peuvent fixer directement le gaz carbonique de l’air et rejeter l’oxygène: on dit qu’ils sont autotrophes. Ce n’est pas le cas des champignons, qui sont hétérotrophes : ils doivent trouver le carbone nécessaire à leur vie dans leur environnement immédiat, sous la forme de matières organiques.
Les champignons jouent un rôle central dans beaucoup d’écosystèmes, notamment en tant que symbiotes des arbres, mais surtout en tant que décomposeurs bouclant le cycle du carbone et de nombreux éléments. Ils décomposent la matière organique et accélèrent le recyclage de nombreux éléments comme l’azote, le phosphore et le potassium. Le mycélium fongique peut atteindre dans le sol des forêts une biomasse de 12 tonnes par hectare, constituant alors un feutrage blanc très dense. Ce que l’on nomme habituellement Champignon est en réalité l’organe reproducteur du mycélium fongique.
Les spores émises servent de support à l’agrégation de la vapeur d’eau pour provoquer la pluie, la grêle ou la neige.
Une mycorhize est une symbiose entre un champignon et une plante, qui se crée au niveau du système racinaire fin non subérisé (sans écorce). Le mycélium du champignon ou hyphe pénètre dans les racines de la plante, il absorbe les sucres sécrétés par la plante (entre 15 et 70 % des sucres ) pour assurer son développement et fournit l’eau et les minéraux en retour.
Les ectomycorhizes : dans cette association, le champignon forme un manchon cotonneux bien visible et souvent coloré autour de la racine. Il rentre légèrement à l’intérieur des premières cellules pour y former un réseau dense. En sa présence, la plante répond par la production de racines secondaires, ce qui augmente la surface de contact. Les deux partenaires s’échangent des nutriments : la plante reçoit de l’eau et des sels minéraux ; le champignon reçoit des sucres, des lipides et des vitamines.
Les endomycorhizes sont de loin les plus fréquentes, s’associant avec plus de 80% des espèces de plantes du monde. Dans le cas des endomycorhizes, les hyphes du champignon pénètrent à l’intérieur des cellules de la racine de la plante, d’où le préfixe « endo », qui signifie à l’intérieur. Une fois installés, les hyphes peuvent alors faire les échanges en prenant la forme d’un petit arbre nommé arbuscule, ou la forme de petites boules nommées vésicules. La structure en arbuscules est la plus répandue sur la planète.
Un champignon peut se connecter à plusieurs arbres et un arbre peut être connecté à plusieurs champignons.
Les champignons, en plus d’abreuver l’arbre le protège des pathogènes présents dans le sol.
Par ailleurs en libérant la glomaline, les champignons participe à la structuration du sol en agglomérant les particules fines.
Champignons pathogènes
Certains champignons, au cours de leur évolution ont découvert le moyen de décomposer le bois mort ou vivant pour y prélever les sucres grâce à des enzymes.
Ils décomposent alors la lignine, la cellulose ou les deux. Dans ce cas, il n’y a pas d’échange avec l’arbre. La plupart de ces champignons recycleurs du carbone ont des fructifications en forme de console ou en croûte fixées sur le bois mort. Certains possèdent un pied.
Malheur National Forest est une forêt fédérale protégée située dans l’Oregon aux États-Unis. Cette forêt est connue pour être l’hôte d’un spécimen d’Armillaire miel, qui a été estimé comme étant la plus grande colonie de champignons au monde, s’étendant sur 965 hectares c’est à dire 1500 terrains de football. Cette colonie géante pourrait être âgée de 2400 ans. Ce spécimen unique n’est pas un simple enchevêtrement de champignons. Il s’agit d’un clone, c’est-à-dire possédant le même patrimoine génétique.
Les arbres répondent à l’attaque des champignons pathogènes par la compartimentation.
Les anglo-saxons parlent de CODIT :
- Compartimentation
- Of
- Decay
- In
- Tree
Cette compartimentation se fait par 4 moyens :
barrière 1 : Obstruction des vaisseaux de l’arbre,
barrière 2 : avec les tanins, obstruction des cernes annuels,
barrière 3 : obstruction latérale au niveau des rayons ligneux,
barrière 4 : création d’une « Zone de barrage » qui empêche la propagation de l’infection vers l’extérieur.
Certains champignons sont capables de se nourrir de cellules vivantes et provoque la mort de l’arbre :
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Graphiose de l’orme,
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encre du châtaignier,
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chalarose du frêne,
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chancre coloré du platane,
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suie de l’érable.

Mise en pratique de la conférence
L’exposé de Pierre Turmeau est suivi d’un parcours dans le parc pour observer les dégâts causés par des champignons parasites sur différents arbres en particulier des chênes des marais. Cet arbre a été introduit en Europe en 1770 où il est planté dans des parcs à titre ornemental car son feuillage est très coloré en automne. Le chêne des marais (Quercus palustris) est originaire de l’est de l’Amérique du Nord mais résiste difficilement aux attaques de champignons en Europe. A Kerplouz, il semble que l’emplacement d’un chêne près d’une route, des travaux endommageant des racines ou l’enterrement du collet d’un arbre soient propices au développement de champignons pathogènes.
Pierre Turmeau montre les traces de champignons sur des arbres du parc et sur des souches d’arbres abattus. Il conseille pour remplacer un arbre malade abattu de planter un jeune arbre en godet (avec des racines saines) plutôt qu’un arbre à racines nues (risque de racines blessées) et/ou changer de genre et d’espèce d’arbre.