Mémoire Fruitière des Pays de Vilaine (M.F.P.V) est une association pour la sauvegarde des variétés fruitières anciennes créée en 2007 par Dominique Chauvière, ancien maître de stage au Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine.
Comme l’a souligné Joseph Mazurie, fidèle adhérent :
l’exemple qui en a été donné de la régénération (on pourrait dire réjuvénation) de vieux arbres (centenaires), est assez convainquant. Par une action raisonnée et progressive (étalée sur 3-4 ans), basée principalement sur la réduction des charpentières ou sous-charpentières, dans le but de faire se développer des yeux latents (invisibles), on peut favoriser l’apparition de gourmands ou tirants, et arriver ainsi à « transformer » la structure de l’arbre et toute la dynamique du flux de sève, en vue d’une reprise de la fructification.
Vous trouverez ci-dessous l’essentiel des thèmes abordés et notamment en fin de texte des conseils très utiles.
Voici les éléments principaux de cette conférence
« Ne serait-il pas plus simple d’abattre ces arbres et d’en planter des nouveaux à leur place ? ».
Cette question amène à plusieurs réflexions : notre arbre actuel, malgré son affaiblissement et ses maladies, produit encore une quantité de fruits importante. Un jeune arbre pour produire un tonnage équivalent devra attendre au moins une dizaine d’années s’il est greffé sur un porte greffe de vigueur moyenne et plus de quinze ans, greffé sur du franc.
Avant de décrire le processus de restructuration, Dominique Chauvière rappelle quelques éléments essentiels de la vie de l’arbre qui vont guider notre action.
A la fin de l’hiver, lorsque le sol commence à se réchauffer, les racines reprennent progressivement leur activité et mettent en pression la sève primaire, mélange d’eau et de substances nutritives qu’elles puisent dans le sol, pour la propulser au travers de l’aubier via le tronc, les charpentières, les sous charpentières, les branches fruitières et les coursonnes jusqu’aux bourgeons.
Certains s’ouvriront pour donner naissance à un rameau, d’autres porteront un bouquet floral avec une couronne de feuillage et d’autres enfin resteront inertes qu’on appellera des yeux latents. Les bourgeons feuillés, par l’absorption de carbone sous l’action de la lumière et de la chlorophylle transforme la sève primaire en sève élaborée, qui au travers du cambium, retournera dans tout l’arbre jusqu’aux racines permettant la production de fruits et de bais (grossissement des structures, allongement des branches et des racines).
Un point important en préalable : à quelque stade de restructuration que l’on soit, on veille à préserver une production fruitière.
De quels outils aurons-nous besoin ?
– Le premier c’est l’œil. Il faut d’abord bien observer l’arbre, déterminer ses forces et ses faiblesses, ses maladies, ses parasites éventuels, sa structure primaire qui guidera nos interventions.
– Le second, c’est la main. La coupe d’une branche ou d’un rameau laisse toujours autour du point de taille des yeux latents qui se développeront pour remplacer ce que nous avons enlevé. Chaque fois que cela est possible l’arrachage manuel d’une petite branche est préférable à sa coupe car il entraîne l’arrachage du cône d’insertion et donc l’arrêt d’alimentation en sève autour de la plaie ; donc moins de risques de maladies et pas d’yeux latents qui risqueraient de démarrer.
– Ensuite les outils classiques : échelles, sécateurs, scies, ébrancheurs, voire tronçonneuse et échenilloir.
Il insiste ensuite sur un point essentiel, la nécessité d’être au moins deux pour cette opération, d’abord pour des raisons de sécurité. Ensuite parce que la coupe qui doit-être pratiquée et que l’on a vu depuis le sol n’est plus aussi évidente lorsque l’on grimpe dans l’arbre ou sur l’échelle ; il faut souvent être guidé depuis le sol par un assistant avec lequel on aura déterminé ce qui doit-être enlevé.
1ère année :
En première année, on va supprimer tout le bois mort ou en cours de nécrose : il ne sera jamais fructifère et empêche la lumière de pénétrer.
On procède alors à la coupe d’une ou deux branches charpentières à une certaines distance de leur point d’implantation sur le tronc. La diminution du volume du houppier va réduire la capacité d’utilisation de la sève primaire par l’arbre et si elle est trop importante elle peut entraîner une mortalité d’une partie du système racinaire. Pour éviter cet effet indésirable, on limite toujours l’enlèvement de bois vivant à 40 – 50 % du volume de la ramure.
A la question de la coupe d’une branche, faut-il la protéger :
La coupe doit être inclinée, jamais à plat. On peut mettre du Mastic et toujours en couche très mince à la spatule et non au pinceau. On le fait surtout sur les branches basses, celles du haut risquent moins d’être attaquées par les champignons.
2ème année :
En 2ème année, on continue le nettoyage entrepris l’année précédente et l’élimination de maladies ou parasites qui auraient pu réapparaître. On vérifie que l’arbre a développé des gourmands bien situés et exploitables sur le (ou les) moignons des branches coupées. On conserve les mieux placés et on élimine si possible par arrachage manuel les pousses dont on n’a pas l’usage.
Éventuellement on oriente par l’arcure avec un tirant ou un poids le gourmand qui nous semble le plus prometteur.
3e année :
La 3ème année sera un peu la répétition de l’année précédente les nouvelles sous-charpentières seront choisies en fonction de leur positionnement pour mettre en place des étages fruitiers ayant un bon écartement en hauteur : environ 50 cm entre deux étages assurent une bonne pénétration de la lumière.
Sur les branches fructifères déjà formées, il est possible de pratiquer une extinction manuelle des bourgeons floraux en trop grand nombre.
4ème année :
Sauf exception, la 4 e année est déjà plus axées sur la conduite fruitière de mise à fruit que sur de la restructuration proprement dite :
– En principe il n’y a plus de coupe sévère à pratiquer.
– On termine la sélection des sous charpentières et des branches fructifères en fonction de leur positionnement et de leur vigueur.
– Souvent des arcures verticales ou horizontales sont encore à effectuer ainsi que des extinctions de bourgeons floraux en surnombre.
Quelques informations à connaître sur : Mousse – Lichen – Gui – Lierre :
– Les mousses et lichens n’ont pas de racines qui pénètrent dans l’écorce et encore moins dans le bois. Pour eux l’arbre n’est qu’un support avec lequel ils n’ont pas d’échange. Ils servent d’abri à nombre d’insectes aussi bien parasites que des spores diverses et accumulent des poussières mais globalement ils n’ont aucune incidence négative sur la vie de l’arbre.
Le lichen est un révélateur de la pureté de l’air.
– Le gui est une plante parasite par excellence du pommier. Très discret dans ses premiers mois d’existence, il enfouit tout de suite ses racines au cœur de la branche même s’il n’a que 2 feuilles qui dépassent sur l’écorce. Même s’il se nourrit de la sève de l’arbre, la photosynthèse est indispensable à son développement donc en supprimant systématiquement ses feuilles dès qu’elles apparaissent on peut le faire « crever » en trois ou quatre ans. S’il est situé à une hauteur raisonnable cela peut être envisagé… Au sommet d’un grand pommier, le seul remède sera l’enlèvement de la branche qui le porte.
– Le lierre enfin est plutôt un bienfaiteur de l’arbre. Ses crampons s’agrippent à l’écorce de l’arbre sans y pénétrer et servent de paravent entre le froid et surtout la chaleur. Il a ses propres racines qui ne concurrencent pas celles de l’arbre. Lors de fortes chaleur (35° C ou plus) son feuillage maintient une température beaucoup plus faible (jusqu’à 12° ou 13° de différence). De ce fait, l’air ambiant, sec à l’extérieur, peut subir une condensation de son humidité sous le feuillage. Cette eau va ruisseler jusqu’aux racines mais profite également aux racines de l’arbre.
De plus le lierre sert d’abri en hiver à de nombreux insectes et ses fruits servent de nourriture aux oiseaux quand ceux-ci n’ont plus beaucoup d’autres ressources. On peut le réguler en le limitant à l’emplanture des branches maîtresses ou un peu au-dessus.
Intervention d’Évelyne Leterme
Évelyne Leterme est une grande spécialiste des arbres fruitiers et pionnière de la préservation du patrimoine végétal (Fondatrice et directrice retraitée du Conservatoire végétal régional d’Aquitaine – 1979-2021), Elle propose une activité de conseil à la création et gestion de collections de ressources génétiques fruitières et à la création et gestion de vergers agroécologiques paysagers ou productifs.
Elle a suscité l’intérêt du public en abordant la biodiversité au verger, en particulier, implanter des haies (notamment fruitières) entre les arbres, le long des rangs.
Il a insisté sur le fait que le sol ne doit jamais être nu sous les arbres. Elle recommande donc la plantation d’aromatiques comme le thym, l’origan, la sauge, le millepertuis, l’armoise, la consoude et également l’artichaut, la rhubarbe… Il suffira de les rabattre régulièrement.
A éviter les graminées.
Un critère de la santé/ vigueur de l’arbre : la longueur de la pousse annuelle.
Et aussi … nous avons eu le plaisir de découvrir leur « pommé » à base de jus de pomme dans lequel on ajoute toutes sortes de fruits disponibles au moment de la confection. Sans ajout de sucre il doit être remué en permanence et nécessite donc la présence de tout un groupe pendant de longues heures !. Un pot de 37 cl nécessite 2 kg de fruits.
Ouvrages :
- De la taille à la conduite des arbres fruitiers – Évelyne Leterme et Jean-Marie Lespinasse – Édition du Rouergue.
- Le greffage et la plantation des arbres fruitiers – Évelyne Leterme – Édition du Rouergue
- La biodiversité amie du verger – Évelyne Leterme – Édition du Rouergue
- Les fruits retrouvés, patrimoine de demain – Évelyne Leterme et Jean-Marie Lespinasse – Édition du Rouergue.
Pour pouvez consulter leur site et les différentes formations que cette association propose :
http://www.memoirefruitiere.fr/